Mais pourquoi nous aimons l’anarchie, le desordre ak saleté ak khete bu xasaw etc..heee

Selon les statistiques officielles, la démographie des villes sénégalaises connaît une croissance exponentielle sous les effets combinés de l’exode rural et de la croissance naturelle de la population. Cet état de fait renseigne que les enjeux du développement, de la croissance et de l’émergence se situent dans les agglomérations qui concentrent également l’essentiel des activités économiques, des équipements et services.
Les métropoles sont devenues les hauts lieux de la croissance, les centres où se créent toutes les richesses aptes à hisser la nation sénégalaise au rang des pays émergents. Toutefois, l’image que reflètent actuellement nos villes, l’organisation et l’usage de l’espace ainsi que les pratiques constatées chez la plupart des citadins permettent-ils de vérifier cette hypothèse de planification et de transformer notre déséquilibre dans l’occupation spatiale (population essentiellement concentrée dans les villes) en atout pour le développement ?
Malheureusement, la conclusion est vite tirée : le spectacle qu’offrent globalement nos villes, voire nos établissements humains, est désolant avec un panorama sombre, désarticulé, déséquilibré et terne. Pourquoi une telle physionomie et des images aussi laides caractérisent-elles l’environnement de nos cités ? Récusons-nous l’ordre ?
Ces quelques interrogations trouvent tout leur sens dans nos quartiers, marchés, sur nos routes, etc. En effet, il est aisé et courant de voir des faits, gestes et pratiques que toute morale, us et coutumes et politique justifieraient péniblement :
constructions empiétant largement sur la voie publique, implantation de cantines tous azimuts, occupation de titre de propriété ou parcelle d’autrui, intégration d’une conduite d’eau ou d’égout et d’un lampadaire dans les limites de sa maison, construction sur des zones non aedificandi, érection de tentes en pleine voirie pour des motifs de cérémonies festives, création d’ateliers d’artisanat de tous genres à tout bout de champ, stationnement des charrettes à tous les coins de rue. Bref, la liste est loin d’être exhaustive sur toutes les formes de désordre identifiées sur l’espace urbain.
La loi et les politiques seraient-elles muettes sur la gestion et la planification de l’espace ? Que nenni ! Au contraire, le corpus juridique, les plans et schémas directeurs pour l’organisation spatiale nécessaire à créer un cadre de vie sain et équilibré sont nombreux, variés et datent de longtemps.
Rien que pour la ville de Dakar, sur le plan de la planification spatiale, elle disposait, déjà en 1892, d’un Plan directeur d’urbanisme (plan Pinet Laprade), suppléé, en 1946, par celui de Gutton-Lopez Lambert et Ecochard en 1967.
L’élaboration de ces plans directeurs se poursuit jusqu’à présent avec leur élargissement dans plusieurs villes sénégalaises. Parallèlement, des codes réglementaires ayant trait à un éventail large de secteurs du développement urbain ont été confectionnés : codes de l’urbanisme, de la construction, de l’environnement, forestier, des mines, de l’hygiène, de l’eau, de l’assainissement, des collectivités locales, etc.
Malgré tout cet arsenal adossé sur des experts rompus à la tâche, l’espace public, bien commun, souffre d’agressions intenses, continues et volontaires de ses usagers.
Que se passe-t-il réellement ?
Pourquoi l’illégalité, l’anarchie sont banalisées jusqu’à sembler être érigées en règle ?
En d’autres termes, les lois que « nul n’est censé ignorer » existent, les institutions chargées de leur application bien en place ainsi que les hommes assermentés pour leur exécution.
Les autorités chargées de la bonne mise en œuvre des lois et règlements, de veiller au respect des principes d’une gouvernance correcte de nos villes ont-elles les coudées franches, c’est-à-dire tous les instruments, moyens et la marge de manœuvre nécessaires, pour conduire convenablement leurs missions ?
En tout état de cause, il est clairement constaté qu’en dépit de l’existence des structures et de la présence des autorités habilitées à exercer le contrôle de légalité et même des saisies qui leur sont faites très souvent par les citoyens pour signaler des manquements inacceptables aux règles établies, les dysfonctionnements continuent de plus belle et leurs auteurs couverts par une impunité totale et insolente à la limite.
Pire, l’autorité, à travers les services qui lui permettent de mettre en application les lois, est régulièrement défiée. Ses ordres, injonctions, directives, arrêtés sont négligés et dès fois même, une résistance physique ou verbale leur sont opposées. Ce type de rapport est fortement assimilable à une « crise d’autorité » qui s’est progressivement installée, ancrée et semble encore avoir de beaux jours devant elle.
Au même moment, notre environnement et cadre de vie sont agressés, nos quartiers se « taudifient », ressemblent à des capharnaüms et offrent de moins en moins les conditions d’un plein épanouissement de leurs résidents.
A ces dérèglements, s’ajoute le fait que les multiples projets d’aménagement urbains pour améliorer ou embellir le paysage de nos espaces de vie sont sujets à l’encombrement, à des actes inciviques, de telle sorte que tous les efforts et investissements consentis en ce sens deviennent vains (aménagements allées Cheikh Sidaty Aïdara, corniche de Guédiawaye, les rondpoints, etc.).
Egalement, la réalisation de tels projets est, de plus en plus, hypothéquée consécutivement à l’occupation illégale des emprises réservées aux équipements et infrastructures collectifs pour la libération desquelles ses squatteurs exigent le paiement de frais de dédommagement en sus d’être relogés dans une zone de recasement bien aménagée au préalable.
Ce désordre est aussi amplifié par des municipalités qui, pour améliorer le niveau de leurs recettes, inscrivent, dans la plupart des cas, la taxe relative à l’Occupation de la voie publique (Ovp) dans leurs prévisions budgétaires. Cette forme de fiscalité, au lieu de dissuader, stopper nette l’installation anarchique, favorise l’encombrement, la « cantinisation » de nos lieux publics.
Face à cette anarchie grandissante qui, inéluctablement, plombe l’émergence de nos villes, du Sénégal, que faire ?
Certainement, le retour à l’ordre nécessitera une batterie de mesures variées et appliquées à plusieurs niveaux (niveau central et services déconcentrés de l’Etat, niveau des collectivités locales) sous-tendue par une ferme volonté et un courage de s’attaquer à la racine du mal pour faire faire des sauts qualitatifs à nos villes. Cependant, la mise en œuvre de quelques-unes, dans un délai raisonnable, semble être opportune :
1-Réhabiliter l’autorité administrative dans son rôle de régent de l’ordre public, de contrôleur de la légalité en améliorant son statut et en la dotant de moyens de travail conséquents ;
2-Donner à l’urbanisme la place qui sied à son importance dans la programmation et l’organisation spatiale de nos villes, en organisant un Conseil national de l’urbanisme où toutes les questions relatives à un meilleur fonctionnement de nos établissements humains seront abordées par les différents acteurs qui interviennent dans le développement urbain, afin que des réponses adaptées soient apportées et accompagnées par une ferme volonté de leur application ;
3-Favoriser toute la cohérence nécessaire dans les interventions des services (centraux ou déconcentrés) de l’Etat avec celles des collectivités locales en harmonisant les textes, en facilitant leur interprétation et en mutualisant les moyens d’actions. Cela, pour éviter toutes les confusions constatées régulièrement dans l’interprétation des textes de lois et les conflits, ainsi que les dysfonctionnements qui en naissent ;
4-Veiller à l’application rigoureuse des lois et règlements en renforçant les moyens des services compétents et en les rendant davantage proches des citoyens ;
5-Augmenter les capacités opérationnelles de la Direction du contrôle et de l’occupation du sol (Dscos) pour une meilleure lutte et prévention de l’encombrement et de l’occupation illégale de la voie et du domaine public ;
6-Mettre en place un corps de « Police municipale » bien équipé, formé, encadré et doté d’un statut qui lui permettra d’agir de manière efficiente et durable ;
7-Impliquer davantage les populations dans la gestion de leur cadre de vie par la sensibilisation et une responsabilisation accrue des délégués de quartier, des conseils de quartier, des associations de développement des quartiers ;
8-Promouvoir davantage la bonne gouvernance par la facilitation de la participation des populations dans la gestion des affaires locales, la lutte contre la corruption et l’évaluation périodique des politiques publiques, notamment des collectivités locales.
En définitive, remarquons que, depuis l’accession du Sénégal à la souveraineté nationale, les différents pouvoirs politiques qui se sont succédé à la tête du pays ont initié des actions avec plus ou moins de réussite.
Seulement, il ressort souvent des analyses que les jalons posés et les acquis peinent à être consolidés face à la nature des comportements notés dans la gestion du patrimoine commun (domaine public, équipements et infrastructures collectifs). L’incivisme et l’impunité ont atteint des proportions alarmantes qui rendent, de plus en plus, ardues la tâche aux pouvoirs publics centraux et locaux, car annihilant tous les efforts et investissements consentis pour placer le Sénégal au rang des pays émergents.
L’intérêt général est un vœu pieux, l’intérêt individuel érigé quasiment au rang de religion. C’est pourquoi la réhabilitation des valeurs cardinales et civiques, l’application sans complaisance des lois et règlements, l’éducation de qualité et la conscientisation continue des citoyens, entre autres, s’affirment comme des actions urgentes à mener et des préalables pour un Sénégal émergent.

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